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Tafassâsset
UN PROBLÈME DE GÉOGRAPHIE SAHARIENNE : L'OUED TAFASSASSET - Page 658
Le Ténéré, qui s'étend entre le Tassili des Ajjers au Nord, le Hoggar au Nord Ouest, l'Aïr au Sud-Ouest, le Kaouar au Sud-Est, et les monts de Djado à l'Est, est resté inexploré jusqu'à une époque récente. On ne trouve là rien que de naturel, quand on se rappelle que ce Tanezrouft désolé, quintessence de désert de plus de 600 km sur 400 km, constitue, faute d'eau et de pâturages, un obstacle infranchissable aux caravanes. Toutes les routes sahariennes, du Hoggar à l'Aïr, du Fezzan au Tchad, le contournent. Et seules y passaient les bandes de pillards Tebbous.
Les différentes reconnaissances effectuées dans le Ténéré à partir de 1928 ont eu pour résultat de préciser d'une manière presque définitive le problème du cours de l'oued Tafassasset. On sait que les têtes de cet oued partent, les unes, des contreforts orientaux du Hoggar, les autres, du versant méridional du Tassili des Ajjers. Son cours, bien connu jusqu'au puits d'In Afelalah, mais inconnu au delà, avait été tracé hypothétiquement d'après les renseignements rapportés par les premiers voyageurs (Barth, Duveyrier).
Jusqu'à In Afelalah, le Tafassasset suit une direction sensiblement NO-SE. A partir de ce point, le tracé hypothétique lui fait décrire une large courbe vers l'Ouest, l'amenant à In Azaoua, où il se réunit à l'oued Tin Tarabin venant du versant méridional du Hoggar. A In Azaoua, on connaît effectivement le confluent avec l'oued Tin Tarabin d'un oued venant de l'Est et qu'on présumait être l'oued Tafassasset. En aval d'In Azaoua, sous le nom de Timersoï, l'oued formé par la réunion du Tafassasset et du Tin Tarabin prend la direction du Sud-Ouest et passe entre l'Aïr et l'Adrar des Iforass, dans la plaine de Talak. Le Dallol Bousso le prolonge jusqu'au contact du Niger. Cette hypothèse, conforme aux renseignements recueillis par Duveyrier1, fait donc du Tafassasset un tributaire du Niger.
Von Bary, seul, était d'une autre opinion, ainsi que le font remarquer Conrad Kilián et J. Petit-Lagrange2. Ce voyageur avait noté que, selon un indigène de l'Aïr, le Tafassasset continuait son parcours non vers In Azaoua, mais vers Bilma. Faute de renseignements plus certains, les cartes figurent toujours le Tafassasset comme aboutissant à In Azaoua. La première reconnaissance du cours du Tafassasset, en aval d'In Afelalah, fut accomplie en 1928 par le Lieutenant Toubeau, de la Compagnie Saharienne
1. Duveyrier, Les Touaregs du Nord, Paris, 1864, p. 25 et 26 : «Les affluents supérieurs du Tafassasset partent, les uns du Ahaggâr, les autres du Tasili et voyagent isolément dans deux lits séparés jusqu'en un désert, au Sud-Ouest des puits d'Assiou où ils se réunissent. La branche orientale, après avoir reçu tous les ouâdi qui descendent du plateau du Tasili et de la chaîne d'Ahnef en longeant le pied de cette chaîne, change de direction à partir du puits de Falezlez pour prendre celle du Sud ; à la hauteur des puits d'Assiou, elle se détourne vers le Sud-Ouest pour se joindre à la branche occidentale, l'oued Tin-Tarabin dont la direction générale est Nord et Sud, et gagner l'Ahaouagh, au centre du pays des Aoulliminden. » 2. Sur le parcours probable de l'oued Tafassasset en aval du puits d'In Afelalah. Note de Mr Conrad Kilián et J. Petit-Lagrange présentée par Mr le général Tilho, Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, 1933, t. 197, p. 1299.
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des Ajjers, dans un raid d'In Ezzane à In Azaoua. Cet officier suivit l'oued Tafassasset jusqu'à hauteur de la frontière algéro-soudanaise. Il reconnut que cet oued se dirigeait vers le SSE et constatait entre cet oued et In Azaoua la présence de reliefs rocheux rendant improbable tout coude du Tafassasset vers l'Ouest et son aboutissement à In Azaoua. L'hypothèse la plus plausible était que le Tafassasset se prolongeait vers le Sud dans le Ténéré, où vraisemblablement il se perdait.
En 1928, Mr Conrad Kilián traversait le Ténéré entre Tin Taourdi, point d'eau du Sud-Est du Hoggar, et Orida. « Sur le parcours Kilián, de Tin Taourdi à Orida, on trouve entre les kilomètres 190 et 200 un large bas-fond à allure de talweg, sensiblement orienté N-S, dont la cote altimétrique est environ 750 m ; plus à l'Est on franchit à la cote 860 un dos rocheux, suivi d'un plat pays s'inclinant doucement vers l'Est (cote 680 au kilomètre 280). »
En 1933, Mr Petit-Lagrange a réussi de nouveau la traversée du Ténéré entre Tioulilmas (au pied Est de l'Aïr) et Chirfa (région de Djado). Sur ce parcours, vers le kilomètre 200, et à 220 km environ du point où Mr Conrad Kilián avait recoupé le Tafassasset, il a franchi un talweg très large et indécis, marqué de traînées de galets2. Ce talweg, orienté sensiblement NNO-SSE, est à la cote d'environ 400 m ; le terrain qui le borde se relève un peu plus à l'Ouest qu'à l'Est.
En mars 1933, le lieutenant Bédo de l'infanterie coloniale a parcouru l'itinéraire d'Orida à Adrar Bouss. Il coupait ainsi à peu près en son milieu la zone inexplorée comprise entre les itinéraires de Mr Conrad Kilián et J. Petit-Lagrange, et passait à une centaine de kilomètres du point le plus méridional atteint par le lieutenant Toubeau. Après avoir rencontré pendant 160 km un reg marron aux galets d'abord assez gros, puis plus fins et plus clairs3, il constate à mi-chemin entre Djado et l'Aïr « un changement brusque de paysage » ; le reg marron caillouteux est remplacé par un reg de graviers fins et de sable blanc ». « Cela peut donner l'impression, écrit le lieutenant Bédo 4, d'une vallée dominée à l'Ouest par un plateau blanc peu élevé. Ce plateau blanc, qui domine le substratum de cailloux plus sombres, peut être la berge occidentale d'une vallée dont la rive orientale serait à pente insensible. Une étude altimétrique précise révélerait, peut-être, une rupture de pente du Ténéré en cet endroit. On pourrait alors affirmer l'existence de l'ancien lit d'un fleuve N-S qui se raccorderait probablement au Tafassasset. »
Enfin, le Colonel Vignon fait remarquer qu'à une centaine de kilomètres au Sud de l'itinéraire de Mr Petit-Lagrange, sur la piste Achegour-Adrar Madet, fréquemment parcourue par des convois automobiles, on n'a constaté
1. Conrad Kilián et J. Petit-Lagrange, Ibid. 2. Mr J. Petit-Lagrange écrit : « Un léger vallonnement Nord-Sud, une longue bande de cailloux parsemée de touffes mortes de morgliba, un champ de poteries et de pierres taillées. D'autres traînées, encore, plus loin. Stupéfait, je m'arrête. L'oued Tafassasset ?... » « L'oued Tafassasset ! Mon raid au Ténéré est fructueux, une énigme enfin définitivement éclaircie ! Affluent du Tchad, comme l'avait jadis pensé Von ??r?, c'est bien son lit que je vois s'enfoncer vers le Sud... ». (Le désert dans le désert, Ténéré du Tafassasset Sud, L'Illustration, 17 mars 1934, p. 308 et 309). 3. Colonel Vignon, Reconnaissance par engins motorisés du Sahara Nigérien [Renseignements coloniaux n° 3, Bulletin du Comité de l'Afrique Française, mars 1934, p. 78 et 79). 4. Colonel Vignon, Ibid.
aucune rupture de pente analogue à celle qu'a signalée le lieutenant Bédo. Il faut en conclure, pense-t-il, que le Tafassasset se perd dans les sables entre le 20e et le 21e parallèle. Des données rapportées par les reconnaissances Toubeau, C. Kilián, J. Petit-Lagrange, il résulte que le Tafassasset poursuit sa course vers le SSE à travers le Ténéré et qu'il n'appartient donc pas au bassin du Niger, mais bien au bassin paléotchadien. Pour résoudre la question d'une façon définitive, il faut reconnaître la région comprise entre les itinéraires Kilián et Petit-Lagrange et en fixer l'altimétrie. Le général Tilho et le colonel Vignon estiment que cette reconnaissance (impossible à méhari, faute de points d'eau et de pâturages), qui implique un circuit de 850 km, sera relativement facile à exécuter en automobile.
Capitaine F. Demoulin
Référence bibliographique : Annales de Géographie, Année 1934, Volume, Numéro 246
http://www.persee.fr
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